Critiques

Yak Rivais (Critique d’art)

Trois boîtes. Art officiel/ Art sur supports classiques/ Art sur supports nouveaux. Et un « raton laveur » fourre-tout appelé « art singulier ». Alibi d’une expression à partir de rien, sans « histoire » ni « culture », susceptible d’intéresser sans intermédiaire. Un art « vierge » pour des amateurs « vierges ».Milo Dias, céramiste caricaturiste, se tourne vers la nature. Il récupère des bois flottés, des racines. Il en fait des oiseaux. Pense-t-il à Chaval (« Les oiseaux sont des cons »), à César (sur patins à roulettes), à Quentin Garel et ses becs monumentaux ?

C’est, à travers la dérision légitimée, l’éphémère qu’il traque dans les épaves usées. Entre fascination pour des volumes aptes à déséquilibrer les certitudes, et tentation de donner du sens au risque d’affaiblir l’incipit, Milo Dias négocie. Mettre de l’ordre solliciterait les logiques consommées de l’art, ouvrirait une fausse porte de sortie. Il faut éviter l’anecdote. Les « drôles d’oiseaux » sont des sculptures d’abord et des machines à rêve.

Quelques-unes sont en bronze. Conscience de la fragilité des œuvres ? Volonté de mandater les potentialités de la méditation dans un matériau noble ? Par jeu de confrontation, comme on frappe deux silex, l’étincelle jaillit. « Pour faire le portrait d’un oiseau », Milo Dias applique la recette de Prévert, sans avoir besoin de cage : il suffit de fermer les yeux. « Je crois que tu auras de la peine à me reconnaître, écrivait Erik Satie à un ami : j’ai laissé pousser mes paupières ».

Denis Donikian (Écrivain et Plasticien)

Grimaçante humanité ! Milo Dias a pris le parti d’un expressionnisme réaliste contre les modes avancées de l’abstraction. Plus celle-ci nous éloigne de la figure humaine, plus le sculpteur s’obstine à mettre au jour de l’humain, rien que de l’humain. Un primitif classique.

Seule l’intéresse la manière de sculpter qui fut la plus longuement pratiquée au cours des siècles. Avec la main et avec la terre. Son art ne doit rien aux matériaux modernes ; son acte artistique est au croisement de l’homme et de la chair terrestre qui partout l’environne. Le reste est affaire d’observation…
Voir l’article sur le site de Denis Donikian

Françoise Icart (Docteur es Lettres et artiste)

Les terres de Milo Dias sont inspirées, comme si la matière prenait vie, se tordait, ricanait en des caricatures frappantes de vérité, fascinantes, drôles, poignantes ou suaves de douceur féminine…C’est une histoire, un conte drolatique raconté par des fous, où passent quelques Iphigénie éplorées et sensuelles, comme des fleurs rêvées, une histoire qui ne signifie rien que notre chère humanité.

Maia de Rochefort (Critique d’art)

Principal atout de ce sculpteur champion de la récupération de tous matériaux : un humour à toute épreuve, non dénué de tendresse sur une humanité quelque peu dérisoire. « Le triomphateur » triomphe, du haut de son super engin et jette de ses yeux clos, un regard conquérant sur son territoire fictif. Une interprétation éclairée de la nature humaine.

Tania Huerta (Critique d’art)

Grès, bois, métal, polyester, quelle que soit la matière, le sculpteur a toujours excellé à capter les expressions. Il a commencé, il y a quelques années, à travailler, à la manière d’un Daumier, les visages humains. Tics, grimaces et autres simagrées parent ses têtes qui peu à peu se retrouvent munies de jambes, puis d’accessoires divers, carrioles, charrettes et autres artefacts, que l’artiste réalise à partir de matériel de récupération.

Depuis peu, il souhaitait accompagner ces personnages par des animaux. Finalement, les animaux seuls ont fini par conquérir le devant de la scène. Et, par une transposition naturelle, de l’humain, ils gardent les physionomies tour à tour, ahuries, souriantes ou curieuses. Une large gamme d’émotions se décline dans la physionomie de ses drôles de bestioles en bois : que ce soient des oiseaux d’ailleurs, ou des poules, des ânes et des insectes.

Ils tous ont en commun une certaine humanité que l’artiste explique ainsi : « Les animaux partagent avec nous les mêmes aspirations, les mêmes jeux de séduction, les mêmes contraintes vitales, et finalement les mêmes galères… La création toute entière est faite d’une démesure dont on ne goûtera jamais assez l’ivresse ! Alors, s’il s’agit de rire de cette condition tragi-comique, pourquoi ne pas forcer le trait. La terre est une immense volière où se croisent et se toisent toute une série de drôles d’oiseaux… ».